Les plantes grimpantes à la conquête des villes (échange avec Marie-Laure Rauline)

Pour mieux comprendre la place de la plante grimpante dans nos villes, nous sommes allés à la rencontre de Marie-Laure Javoy, co-pilote des pépinières Javoy. Elle incarne la continuité d’une entreprise familiale lancée il y a maintenant 40 ans et un entrepreneuriat engagé résolument tourné vers l’avenir. Au cours de cet entretien, elle évoque son parcours, les défis rencontrés en tant qu’entrepreneuse et les projets innovants qui façonnent l’avenir de la pépinière Javoy.

Marie-Laure, pourrais-tu te présenter ?

Je m’appelle Marie-Laure Rauline et suis née JAVOY. Je suis fille de pépiniériste et petite fille de maraîchers d’Orléans. Je suis ingénieur agro de formation et co-pilote avec mon frère Benoit, les pépinières Javoy

Marie-Laure Rauline – Pépinière Javoy

La pépinière Javoy est donc une entreprise familiale, quelle est la genèse de cette aventure ?

Cette pépinière est le fruit du travail de mes parents, tous deux cadets de familles maraîchères. Les aînés des fratries reprenant les exploitations familiales de part et d’autre, mes parents ont dû créer par eux-mêmes une nouvelle entreprise de toute pièce n’ayant pas possibilité de rester dans les entreprises familiales. 

À l’époque, la région d’Orléans était reconnue en Europe pour sa pépinière. Mes parents s’installent en 1984, à deux pas d’Orléans, pour y produire des plantes de pépinière, mais surtout des plantes grimpantes et clématites, culture que mon père avait apprise lors de son apprentissage. 

Très rapidement, les clients apprécient la qualité de la production de grimpantes et la pépinière se spécialise dans ce sens en arrêtant les arbustes. Elle connaîtra par la suite une croissance régulière et rapide, en lien avec la dynamique de marché du jardin. Mon frère Benoit et moi rejoignons ses rangs en 2010 pour pérenniser cette histoire et sortir des frontières. La pépinière fête cette année ses 40 ans. La pépinière compte aujourd’hui environ 25 salariés, réalise 100% de sa production à Orléans, avec des pratiques engagées pour le respect de l’environnement pour lesquelles elle dispose de nombreuses labélisations. Elle fut ainsi la première pépinière française, en 2003, à produire ses végétaux sur des aires de cultures autonomes en eau.

Peux-tu nous parler des variétés de plantes grimpantes ?

À la pépinière, nous produisons plus de 500 variétés de plantes grimpantes. Nous sommes très attachés à cette diversité variétale. En effet, nous pensons qu’au-delà de la finalité économique de notre entreprise, elle se doit également de pérenniser une offre diversifiée de taxons, indispensable à la préservation de la biodiversité. A nous, par notre créativité, de faire en sorte que ces végétaux se vendent. Par ailleurs, en passionnés que nous sommes, nous adorons découvrir et faire découvrir de nouvelles plantes. Cette diversité permet également de répondre à une grande diversité d’usages et de spécificités pédoclimatiques. 

En quoi les plantes grimpantes peuvent-elles être une solution pour nos villes ?

La ville concentre un grand nombre de contraintes climatiques qui la rendent de moins en moins vivable pour les hommes, mais également pour la biodiversité : imperméabilisation des sols, rayonnement thermique, couloirs venteux, etc. 

Les plantes grimpantes sont des plantes particulièrement adaptées à ces contraintes. À l’état sauvage, elles vont se hisser entre les autres végétaux, les utiliser comme support pour aller chercher la lumière. Elles sont, pour la plus grande majorité, par nature, faites pour vivre dans des milieux contraints.

Leur port érigé, leur faible encombrement au sol et la diversité des développements en font des solutions particulièrement performantes pour ombrager, recouvrir, occulter, tout en apportant un habitat de choix à la biodiversité en place. 

Et grâce à la richesse de la collection variétale que nous ne cessons d’étoffer à la pépinière, nous disposons de très nombreuses solutions végétales pour répondre à de très nombreuses situations.

Source : Pépinière Javoy

Selon toi, qu’est ce qui a contribué à faire de la pépinière Javoy un leader français ?

Je crois que la pépinière est devenue leader français et l’une des références en Europe grâce à la passion qui nous anime, Benoit, moi et notre équipe pour les plantes et tout particulièrement les grimpantes. Nous aimons fondamentalement la matière végétale et notre métier est un vrai choix.

Cette passion nous a amenés à innover, que ce soit en matière de création variétale, de techniques de production, d’approche marché. Cette passion a fait de la pépinière, cette entreprise reconnue pour l’excellence de ses produits, son expertise en matière d’usage de plantes grimpantes et son offre innovante tournée vers les services écosystémiques rendus par les plantes grimpantes. 

Quels sont vos projets ou innovations sur lesquels vous travaillez pour continuer à vous développer ?

La pépinière travaille beaucoup l’association entre USAGE et PLANTE GRIMPANTE. 

Nous avons ainsi lancé fin 2023, notre 1er brevet de végétalisation amovible du Bati, I.C.O. Cette solution est issue de notre expérience en production. Elle permet une végétalisation très rapide et modulable d’une surface, grâce à notre savoir-faire spécifique en plantes grimpantes. 

Elle permet également d’augmenter le taux de réussite des aménagements à base de plantes grimpantes grâce à une offre globale, allant de l’aide à la conception puis à l’entretien dans le temps.

Par ailleurs, cette solution permet un entretien très simple, économique et sur, au fil des années, garantissant une réussite durable du projet.

Quels sont les défis auxquels tu as dû faire face en tant qu’entrepreneuse ?

Paradoxalement, il ne m’a pas paru être plus difficile d’être entrepreneuse femme que cela pourrait être pour un homme. Lorsque l’on aime et l’on connaît son sujet, acquérir la crédibilité nécessaire à cette fonction se fait sans difficulté majeure. Le plus grand défi pour moi a peut-être été plus générationnel, avec des collègues qui pouvaient, quand je me suis lancée, à 27 ans, être mes parents. Ils avaient parfois bien des difficultés à me prendre au sérieux et à considérer mes positions.

Dans ce contexte, il m’a fallu sans doute plus de détermination qu’un homme pour acquérir auprès de mes pairs cette crédibilité. Aujourd’hui, le temps a fait son travail et le respect mutuel s’est instauré. 

Quels conseils donnerais-tu à celles et ceux qui se lancent aujourd’hui ?

De manière certaine, je conseillerais de ne pas se poser de question et se lancer. Si ça fonctionne, alors on peut en tirer satisfaction et épanouissement, si cela ne fonctionne pas, on apprend et on sort grandi de cette riche expérience. Je pense également qu’il est important de s’entourer d’un petit réseau proche et actif pour se challenger, prendre du recul et être soutenu si besoin. Enfin, je crois que la curiosité est une compétence très importante pour créer, innover et s’épanouir dans son quotidien d’entrepreneur. 

Pour conclure, qu’est qui t’inspire le plus en ce moment ?

J’ai la chance d’avoir un métier inspirant par nature alors il ne m’est pas facile de vous dire ce qui m’inspire le plus. Je pense peut-être que ce qui m’inspire le plus est la place et le rôle d’une entreprise comme la nôtre, qui produit du vivant, dans notre société, mais aussi notre engagement en tant que dirigeant à faire bouger les choses. 

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